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Gasoil

Ça faisait un moment (en gros depuis Dunkerque !) que, régulièrement, on devait vider la cale moteur d’un mélange – dont la composition a été plus ou moins déterminée au goût, beuark – d’eau salée et de gasoil. L’eau salée c’est normal, c’est le goutte à goutte du presse-étoupe quand on est au moteur, mais le gasoil, ça l’est quand même un peu moins. Et c’est très désagréable d’une part à cause de l’odeur, mais aussi et surtout lorsqu’il faut vider tout ça. Et en plus ça augmente la consommation de façon non négligeable.

On a cherché partout, sur le circuit de gasoil, d’où pouvait venir la fuite : pompe d’injection (les Lucas / Rotodiesel telles que celles qui sont montées sur notre XUD sont réputées pour être assez peu fiables dans le temps au niveau de l’étanchéité, j’avais d’ailleurs eu un souci de couvercle sur le même moteur sur feu ma 306), injecteurs, canalisations haute pression, raccords, canalisations basse pression, filtre à gasoil … On a bien trouvé un ou deux raccords pas bien serrés, mais pas de quoi produire de si grosses pertes de combustible. En plus, bateau à l’arrêt et moteur en route, pas une goutte de gasoil n’arrivait au fond de la cale.

A force de remonter le circuit, d’enrouler chaque raccord dans du papier toilette et constater qu’il restait désespérément sec, il ne restait plus qu’une chose : le réservoir. En effet, le temps passant, nous avons remarqué que le gasoil se retrouvait au fond de la cale particulièrement après un plein, ou lorsque ça bougeait un peu. Le compartiment en dessous du réservoir communiquant avec la cale moteur via les tuyaux d’aération du compartiment moteur, le gasoil du réservoir pouvait, à l’aide du roulis, se retrouver sans trop de problème dans la cale moteur via un compartiment intermédiaire abritant le tube d’étambot (lui aussi, avons-nous constaté, plein de gasoil). Ce qui nous a menés à l’hypothèse qu’il y avait potentiellement une fuite sur le dessus du réservoir. Les canalisations (alimentation et trop-plein) qui en sortaient semblaient bien étanches, tout comme la vanne coupe-circuit, tout comme la grosse arrivée depuis le nable et l’évent. Restait un suspect : la jauge de gasoil.

En effet, j’avais bricolé la jauge d’une part pour la réparer (le flotteur était troué donc plein de gasoil et flottait évidemment beaucoup moins bien …) et d’autre part pour isoler sa masse du réservoir, toujours pour des raisons d’isolation des différentes masses électriques du bateau (foudre, BLU, moins batterie). J’avais remplacé les vis inox par des vis nylon, espérant que la pression serait suffisante pour comprimer le joint. Les soupçons se tournant petit à petit vers cet emplacement, confirmés par la présence d’un peu de gasoil autour de la jauge, j’ai donc remis les anciennes vis en inox (et du coup assuré l’isolation des masses par un interrupteur bipolaire au tableau moteur qui, du même coup, commute l’affichage, ce qui est pratique pour voir le niveau de gasoil même lorsqu’il n’y a pas le contact), et bien insisté sur le serrage. Nouveau plein, et le verdict : ça fuit toujours, mais ça n’a pas l’air d’être le joint entre la jauge et le réservoir. Redémontage de la jauge, diagnostic, et eurêka : c’est le joint intérieur de la jauge (il a fallu la démonter intégralement la bougresse, ce que je n’avais pas fait lors de mon précédent bricolage) qui est mort, fendu en 2 parties. Fabrication d’un joint de remplacement en vieille chambre à air de vélo (c’est génial une vieille chambre à air de vélo, ça sert à tout), remontage du bordelou avec quand même un chouia de mastic silicone notamment dans les trous de vis pour assurer le coup, re-remplissage du réservoir dont j’avais vidé quelques litres pour éviter le raz-de-marée au démontage de la jauge, vu le roulis dans le port de Santa Cruz et … ça a l’air de ne plus fuir !! C’était donc, a priori, bêtement ça …

Mais les aventures ne font que commencer (sinon on ne ferait pas un article pour un bête joint ! enfin ptêtre que si, parce que c’est quand même un problème qui nous a quand même bien pourri la vie !) : une fois la fuite réparée, il faut rincer et vider, dans l’ordre :

  • les compartiments sous le réservoir (qui n’ont pas été faits pour être accessibles, c’est un des défauts de ce bateau)
  • le compartiment du tube d’étambot
  • et pour finir, la cale moteur

Pour le premier (en fait les 3 premiers sous-compartiments qui le forment, un de chaque côté et un au milieu, qui ne communiquent bien sûr pas entre eux, ce serait trop facile sinon), pas d’autre choix que de percer des trous à la scie cloche dans la cloison, le plus bas possible, après avoir tenté d’aspirer tout le gasoil à l’aide d’une pompe-seringue, quand c’était possible (pour le bâbord et le milieu) … histoire de ne pas se prendre un jet de gasoil dans la figure au moment du perçage. Ce qui s’est passé pour le sous-compartiment tribord, qui n’a probablement jamais pu être vidé ou inspecté depuis la construction du bateau, et où j’ai retrouvé, au milieu d’un énorme tas de boue gasolineuse sorti à la force de mes petits doigts musclés (beuark beuark) un peu de visserie inox et une clé à pipe Facom de 10 en très bon état de conservation !

06FessesdeTomtom.jpg

Pas facile de plonger dans le gasoil, au fond d'un coffre, pour faire les trous d'évacuation dans la cloison derrière laquelle se cache le réservoir

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Le trou d'évacuation du compartiment tribord, et la boue gasolineuse qui en a été extraite. Non, ce n'est pas notre caisse à eaux noires. On distingue le butin : rondelles, écrous et clé Facom ! On voit aussi le tuyau annelé d'aération du compartiment moteur et son trou de passage, par où le gasoil coulait vers l'avant, ainsi que les canalisations de gasoil et la commande moteur, à gauche

Restait donc à rincer tout ça, à ramasser le gasoil et l’eau de rinçage dans 2 jerrycans (huhu) et à trouver un endroit où s’en débarrasser (on est dans une île, je sais bien, mais le prochain continent c’est à Panama et on ne va pas traverser l’Atlantique avec 30L de flotte gasolineuse dans les jerrycans plutôt que de mettre du bon gasoil dedans), tout en lançant l’opération séchage afin de pouvoir époxyser les trous percés dans la cloison en contreplaqué (vive le sèche-cheveux). C’est là que ça devient drôle. Armé de mon espagnol ultra-sommaire et de quelques phrases toutes faites, je m’en vais quérir le renseignement. Rien à la marina, rien au port de pêche, où quelqu’un me conseille d’aller voir à la station-service, qui m’indique que non, eux ils ne peuvent pas, mais qu’il vaut mieux aller voir la police du port. Personne à la police du port, direction la police municipale, où un agent très serviable se met en 4 pour trouver quelqu’un qui pourrait m’aider, appelant à droite à gauche pendant 1/4 d’h, entre connaissances perso qui bossent dans des garages ou officiels dans les bureaux (d’après ce que j’ai compris des conversations téléphoniques), pour finalement me dire que je peux aller à la police du port et qu’il doit y avoir quelqu’un pour me renseigner. La police du port, prévenue, me renseigne en effet : selon lui, à la marina, il y a tout ce qu’il faut. J’ai beau lui dire que non, que j’ai demandé, je comprends que le gars s’en fout un peu de mon problème, qu’il a autre chose à faire et qu’il va falloir se débrouiller sans son aide. Voilà, une grosse matinée de perdue.

A mon retour, je sens une odeur bizarre au bateau, et constate des tâches irisées à la surface de l’eau. Non, Clairette n’a quand même pas osé tout balancer dans le port !! Un coup d’œil à l’évent du réservoir, qui suinte, me rassure : c’est tout simplement le réservoir, plein, qui déborde. En effet, je n’ai pas pensé à une chose en voulant faire sécher les compartiments sous le réservoir : un sèche-cheveux, ça chauffe. Et le gasoil, quand on le chauffe, ça se dilate de façon non négligeable : 0.9 pour mille par degré Celsius, entre 15 et 25°C (on n’a pas trouvé les données pour au-dessus mais ça ne doit pas être loin). Si la température du réservoir de 180L s’est élevée de 30°C (ce qui est plausible, un sèche-cheveux qui pulse de l’air chaud dans un compartiment peu aéré ça chauffe fort), on arrive à une variation de volume d’environ 5 L, ce qui est largement suffisant pour faire déborder le tout. A savoir donc : il vaut mieux faire son plein quand il fait froid.

Fin de la parenthèse « leçon de choses », retour à nos moutons pleins de gasoil. Décidés à ne pas nous laisser abattre et ne pas non plus nous laisser aller à la solution de facilité qui serait de tout balancer sur un terrain vague voisin vu que tout le monde a l’air de s’en foutre, nous repartons dans nos recherches, sur le ouaibe cette fois, pour trouver les coordonnées d’une déchetterie à Santa Cruz. Que nous appelons (enfin que Clairette appelle, parce qu’elle est vachement plus forte que moi en espagnol), pour nous faire renvoyer vers le conseil de l’île, puis vers l’entreprise de traitement des déchets de la province de Tenerife de laquelle dépend la Palma, qui nous propose un prix : 1000 € (oui, 1000, il n’y a pas d’erreur sur le nombre de zéros) pour s’occuper de nos 2 jerrycans. Il est où, le terrain vague, déjà ?? Retour à la case départ, et demande de renseignements au magasin d’accastillage de la marina, qui nous dit que c’est possible mais que ça coûtera 200 €. C’est déjà moins déraisonnable, mais faut pas pousser non plus. On a bien conscience que ça peut coûter cher de dépolluer un mélange d’eau et de gasoil, mais faut pas exagérer, ça ne se fait pas 10L par 10L …

Bon, nouvelle recherche sur le net, parce que tous les ferrys qui débarquent sous nos yeux, là, ils doivent bien quand même avoir un endroit où jeter leurs huiles et autres mixtures d’hydrocarbures. Et là, banco : sur un document administratif espagnol de 2008, on trouve les emplacements de cuves de collecte d’hydrocarbures, huiles et autres eaux de fond de cale des Iles Canaries. Et il y en a une à Santa Cruz de la Palma, à 200 m de la marina, du côté du terminal passagers. Un ptit tour de reconnaissance, l’accès est libre. On y retourne donc le lendemain matin avec nos 2 jerrycans, dont le contenu finit dans les dites cuves (merci le siphon à gasoil) et sera traité comme il se doit, sans avoir à débourser des sommes astronomiques. Non mais, on n’est pas (tout le temps) des pigeons.

Morale de l’histoire : vive Internet !

En tous cas on est bien contents d’avoir enfin identifié et réparé cette satanée fuite qui nous a passablement embêtés depuis qu’on a le bateau. Quand on y repense, la solution était évidente, mais vu l’irrégularité du phénomène, il a fallu du temps pour comprendre ce qu’il (NDCLFC : « qu’il » est correct mais je trouve ça moche. « ce qui se passait » est correct aussi et tellement plus joli … NDTLGP : oui mais grammaticalement et rigoureusement, on est dans une forme impersonnelle, et c’est donc « qu’il » qui est correct, pouet pouet) se passait …


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5 comments to Gasoil

  • Tite Mule

    je note que le gasoil a des propriete de conservation…
    ceci dit, le gasoil ca ne sent pas tres bon pour conserver! ;-P

    • Effectivement, le gasoil ça pue. Et surtout, le gasoil mélangé à des miettes de trucs bizarres (poussières, cheveux, morceaux de contreplaqué…) c’est boueux et dégueulasse. On a de la chance, on a trouvé un truc utile et pratique, l’ancien propriétaire avait lui trouvé un DVD de film peu avouable dans les cales…

  • Stéphanie

    Sacrée histoire à nouveau, vous ne baissez donc jamais les bras… chapeau !

    Quand au prix de traitement de votre eau gasolée, ça me fait penser à un fameux sac poubelle d’ordures ménagère que nous avions à bord en arrivant à Honolulu, Hawaï (un sac de 10L après 3 semaines de mer, pas si mal)… Pas le droit de le mettre dans une poubelle classique car nous venions d’une autre île du Pacifique, d’où obligation de retraitement. La douane nous donne une liste de contact, les prix allaient de 50 dollars pour un sac poubelle, à 1500 dollars…

    Bonne continuation, et merci encore de nous faire autant rêver :-)
    Bises à tous les équipiers de Schnaps !
    Stéphanie

    • Ah ben si c’est comme ça on va être tentés de jeter tous les déchets par dessus-bord, ou de les brûler… C’est fou comme ça a l’air plus facile de bazarder des déchets illégalement et en salissant la nature que de tenter de faire ça proprement…
      Pour conclure sur le gasoil, quelques jours après notre mission « cuve à gasoil », on est passés devant le local poubelles de la marina, en changeant de notre chemin habituel. On y a trouvé des bidons d’huile à jeter… Bizarre, le responsable de la marina nous avait dit qu’ils ne prenaient pas du tout ces déchets en charge !

  • Mamodile

    On voit que les sous sols de Schnaps regorgent de surprises… comme boîte à outils il y avait mieux ! Eh bien, bravo pour ce dénouement laborieux et… tous mes souhaits pour que votre continuation soit sans histoire(s).
    Bonne et savoureuse pèche
    Bisous à vous deux et tous les moussaillons

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