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Pacifique semaine 1 : du printemps a l’automne

Article écrit et posté en temps et en heure, mais à la mauvaise adresse ! Le voici donc en différé
On avait bien sûr regardé attentivement la météo avant de partir, et tâché de sélectionner la bonne fenêtre qui nous permettrait d’avoir le moins de pétole possible, mais on a eu du mal à croire ce qui nous est arrivé pendant cette première semaine de navigation, en tous cas au début.
En effet, si on comptait sur un bon flux de Nord-Est pour les premières 36h, on s’attendait quand même à se faire prendre dans les calmes et les vents contraires assez rapidement, comme tout le monde dans cette zone assez réputée pour être difficile à traverser. Lorsque les bateaux n’étaient pas tous équipés de moteur, elle était même redoutée, car on pouvait rester coincé plusieurs semaines sans vent. Mais comme d’habitude, la météo s’est trompée, les fichiers GRIB étaient aux fraises. Sauf que pour une fois c’était en notre faveur.
D’abord, le reliquat d’Alizés de Nord-Est était bien plus puissant que prévu (entre 20 et 25 noeuds, aidé par un micro-anticyclone à tribord et une mini-dépression à bâbord, on est passé juste dans le petit couloir entre), et a duré plus de 48h. Ce qui a permis à Schnaps d’avaler les milles à toute vitesse, d’autant plus qu’on n’a pas hésité à garder toute la toile et accélérer en prévision de la pétole à venir : sur le fond, on ne descendait pas en dessous de 7 noeuds, avec des pointes régulières bien au-dessus de 8 (jusqu’à 8.9 affichés sur le GPS). Certes, on est aidés par un courant d’environ 1 noeud, mais quand même ! Du coup, le record de distance en 24h a été allègrement pulvérisé : 175.4 milles, soit une moyenne à environ 7.3 noeuds, contre 146 milles pour le précédent. On n’aurait jamais imaginé ça, d’autant que la navigation est très confortable étant donné le peu de vagues, le bateau ne bronche pas avec ses deux focs en ciseaux, entre 10 et 20° du vent arrière.
A bord, c’est la fête. Surtout que lorsque l’Alizé de Nord-Est nous abandonne, samedi après-midi à quelques milles de l’île Malpelo, petit morceau de Colombie désert, il n’y a pas besoin d’attendre plus de 2h pour qu’un vent d’Est se lève doucement. 10 noeuds au petit-largue, on n’en demandait pas tant, et Schnaps fait tranquillement ses 5 à 6 noeuds (Aglaé la GV est ressortie pour l’occasion, ça faisait longtemps que le ris inférieur n’avait pas vu la lumière du jour … Certes, le vent est instable, oscille entre 6 et 15 noeuds, passe tantôt au Sud-Sud-Est tantôt plein Est. Mais on avance, et on est content parce que les fichiers météo nous annonçaient du Sud-Ouest, soit en plein dans le nez. Chaque demie-heure à 5 noeuds, c’est une heure de moins dans la pétole qui nous attend plus loin.
C’est en arrivant autour du dernier degré de latitude Nord avant l’Equateur (le jour du printemps, on a donc eu le soleil quasiment à la verticale de Schnaps ce jour-là, à quelques minutes de degré près) que la Zone de Convergence Inter-Tropicale a commencé à faire sentir son influence : plus que 5 noeuds de vent, allez 6 ou 7 dans les rafales. Heureusement, on est au bon plein, et notre vitesse permet d’amplifier un peu la vitesse du vent apparent. Quand il n’y a plus que 3 noeuds, on laisse tomber, on laisse le bateau dériver et on va bouquiner. Impossible de barrer efficacement : en dessous d’un certain seuil il faut donner de tels angles au safran que ça casse le peu d’élan du bateau ! Inutile de dire que Raymond le régulateur d’allure ne peut rien faire (trop peu de vent, pas assez de vitesse pour actionner la pale immergée, ce qui disqualifie du même coup Raymonde) et qu’Eliott le pilote fait de tels mouvements de barre qu’il faudrait presque faire du moteur en continu pour l’alimenter en électricité ! De temps en temps, on rencontre des grains pluvieux (mais bizarrement pas très venteux) qui rincent le bateau et nous permettent même de prendre une douche gratos et de remplir des seaux pour la vaisselle !
Reste le moteur. Au début, on se disait : seulement pour recharger les batteries, et on en profite pour faire quelques milles, en le laissant 1/2h ou 1h de plus que d’habitude. Et finalement, après des heures de lutte dans un vent de qui faiblit à 2 ou 3 noeuds et un courant qui nous emmène décidément bien trop à l’Ouest, on le démarrera un peu plus que ça, sans toutefois le faire tourner plus de quelques heures en une journée, en 2 ou 3 fois. En gros, dès que le vent (désormais quasiment plein Sud) passe sous les 3-4 noeuds et que la vitesse sur le fond descend régulièrement et durablement sous 1.5 noeud. C’est que c’est bien joli de faire 10 milles par jour à 90° de la route, emportés par le courant, mais ça ne nous avance pas du tout. En plus on dépense de l’énergie pour rien à essayer de retrouver les bons réglages à chaque infime variation de vent, grosso-modo tous les quarts d’heure. Les nombreux paramètres (voiles, angle de barre, gain du pilote…) sont tellement fins à régler dans la pétole qu’on finira par remonter le régulateur et ne naviguer que sous pilote tant que le vent n’est pas plus régulier. C’est bien plus souple et les écarts de route qui déventent le génois ou le font passer à contre sont largement réduits.
On apprécie au passage que Dédé démarre désormais au quart de tour, même si à chaque fois qu’on tourne la clef de contact on repense forcément à nos mésaventures passées … Dans les conditions actuelles, la panne moteur serait une blague de très mauvais goût.
On profite tout de même, lorsqu’un faible souffle arrive à gonfler les voiles, de naviguer entre 3 et 4 noeuds sans bruit, le bateau calé avec quelques degrés de gîte, comme sur un lac. Roulis quasiment absent, grand soleil ou ciel étoilé, mer plate. Il y a parfois des moments magiques !
On arrivera finalement à franchir l’Equateur après moins d’une semaine de mer (un peu moins de 6 jours) : l’Hémisphère Sud, enfin ! On a pris soin de relever la dérive pour le passage à la latitude 0, c’est qu’il faut éviter de couper le fil qui retient tous les méridiens ensemble, ça ferait désordre si tout se cassait la figure par notre faute … Neptune, Eole, Schnaps et son équipage ont fêté ça, à la bière pasque bon, on ne se sentait pas vraiment capables de boire une bouteille de champagne entière à nous deux en deux jours (en mer, on n’a pas du tout envie de picoler ! ). Du coup, après deux jours de printemps, on se retrouve en automne, les jours vont déjà diminuer … et le soleil va petit à petit élire domicile dans la moitié Nord de notre ciel, il va falloir s’y habituer.
Malgré cette étape symbolique (c’est peut-être la première excursion du bateau dans cette moitié du globe, et c’est assurément la première pour nous !), nous n’en avons pas fini avec les calmes pour autant, puisque ça n’a pas l’air de vouloir souffler fort pour les 300 à 400 prochains milles, avant de rejoindre les alizés de Sud-Est, même si on a l’air d’être sortis de la veine de courant qui porte au Nord-Ouest (ouf !) et si au moment d’écrire cet article, on a un léger vent d’Est qui forcit à presque 10 noeuds par moments. On croise les doigts pour que la zone de convergence inter-tropicale fonde comme neige au soleil dans les prochains jours !


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7 commentaires pour Pacifique semaine 1 : du printemps a l’automne

  • Claire TABARY

    bien contente de vous retrouver, et alors? votre prochain bricolage sera un ventilateur géant à l’arrière de Schnaps pour pallier aux pétoles?. Franchement, je préfère vous voir mettre un peu plus de temps que de vous voir affronter de méchants grains et, comme vous dites, vous pouvez profiter de jolis moments.

    • Tomtom & Clairette

      Bé non ça sert à rien de mettre un ventilateur derrière, ça fait des efforts sur l’hélice et sur la voile et ça ne peut avoir pour effet que de séparer le bateau en deux :)

  • Jean-Baptiste LISMONDE

    Ca fait plaisir d’avoir de vos nouvelles.
    Bon vent pour la suite (j’espère bientot pour vous).

  • Mamodile

    Et l’on retiendra que Thomas a l’air de prendre un goût inconsidéré pour la douche, attention, gare au trop propret (euh, bon, non, je n’en dirai pas plus, je ne veux pas te décourager !) et que votre humour nous accompagne avec douceur, je n’aurais en effet pas eu l’idée de faire une pelote de méridiens…
    Nous souhaitons que notre printemps et votre automne inspirent Eole juste ce qu’il faut de souffle pour avancer en vous ménageant ! Gros Bisous et Bon Vent, « bien sûr » !
    Pas de Pâques à Pâques, il faut bien en laisser pour « plus tard » , et les grosses pierres ne devraient pas s’envoler d’ici là !
    re bisous

    • Tomtom & Clairette

      Et on espère qu’elles ne se seront pas envolées d’ici à ce qu’on puisse y aller pour de bon, sur cette île !!

  • carole

    Saluto!
    Nous sommes bien contents de vous savoir errant tranquillement par delà les tropiques!
    Merci de ne pas avoir toucher aux méridiens, ce sera plus pratique pour mes cours aussi! Encore qu’une petite blague passe…(;-)
    Nous venons d’avoir 6 jours de beau grand soleil à Cherbourg et on en a profité pour pagayer, jardiner, de bons moments aussi avec Dam, quand vous arriverez nous vous enverrons des photos (de notre nouveau compagnon velu aussi, galipette sera jalouse!).
    Bonne route et Bon vent.
    et surtout…plein de gros poissons pour vos diners!On vous embrasse.

    • Tomtom & Clairette

      Voui et puis pour nous ça n’aurait pas été très pratique non plus on aurait eu du mal à se positionner avec le GPS. J’imagine bien le message « meridian error » !! Pour les photos de Flam et de votre chez-vous ça nous intéresse mais plus tard ou alors pas mal réduites parce que la connexion ici n’est pas faramineuse !

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