février 2011
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Antigua…

Après la Guadeloupe, le frigo de Schnaps étant plein à craquer de fromage blanc, de beurre et de crème fraîche, nous avons pointé la proue vers Antigua. Antigua & Barbuda, c’est un seul pays, formé de trois îles dont une est inhabitée, où l’on cause anglais. On pensait y passer quelques jours pour récupérer l’ordi de Tomtom envoyé par la poste et plus si affinités, mais ça ne s’est pas exactement passé comme ça.

Certes, on est arrivés, après une nav de plus dans des conditions qu’on n’imaginait pas trouver sous ces latitudes (au moins, ça nous entraîne, on teste le bateau qui répond très bien, et puis quand même, c’est plutôt mieux de tester du vent musclé par grand soleil et sur de petites nav’ d’une journée que dans le froid et la pluie de la Patagonie), bref, je disais, on est arrivés dans une eau d’un bleu à couper le souffle.

morrisbay.jpg

Une baie déserte, une eau toute bleue : jusqu'ici, tout va bien.

Une fois arrivés au mouillage, le premier coup d’oeil est plutôt positif : on est tous seuls dans notre baie, l’ancre à 2.5 mètres de profondeur, de l’eau bleue, des hôtels sur la plage mais qui restent relativement silencieux… Certes, il y a bien quelques scooters des mers qui nous tournent autour telles des mouches à merde (le ‘bzz’ est un peu plus fort – NDTLGP : et il faut une plus grosse tapette), mais c’est correct. Nous mettons Axe à l’eau, fixons Hector sur son tableau arrière, et en route vers la plage. Il s’agit d’aller à la marina pour savoir si le colis est arrivé !

Là, on a déchanté. Le bord de mer est complètement aménagé pour les touristes, apparemment des beaufs relativement fortunés dans leur grande majorité. Nous croisons des gens, qui ne disent pas bonjour, des blancs – enfin non, des bronzés fripés d’avoir trop grillé sous le soleil ou les lampes à UV, véhiculés en voiturette de golf sur un chemin bétonné, un noir qui tond la pelouse entre les palmiers bien alignés autour de la route… Tout un village de petites maisons bien alignées rappelant l’architecture britannique, à ceci près que la terrasse se prolonge pour former un ponton auquel est amarré le yacht de ces messieurs-dames. Et c’est dommage. Que viennent-ils chercher, en vacances, ici ? Du soleil ? ça, ils en auront. Des palmiers ? ça aussi, il en reste quelques-uns, bien domptés. Mais du dépaysement ? la découverte d’une terre étrangère ? je ne crois pas, vu que le village est complètement aménagé, qu’il ressemble à une ville anglaise, voire à un décor de série en carton pâte. Rien de l’île telle qu’elle a pu être à l’origine n’est visible dans ces parages… Il reste encore des petites montagnes, à l’horizon, peut-être préservées… On l’espère, mais on n’a même pas envie d’aller vérifier !

Bref, la marina, le colis, tout ça. La conversation avec les deux personnes qui se trouvent à l’accueil est vraiment difficile : soit la qualité de notre anglais a subitement décliné, soit leur accent et le notre sont incompatibles. On vote pour la deuxième hypothèse, et on s’accroche… Bref, le colis n’est pas arrivé, non ils n’ont pas reçu de boîte, rien, chou blanc. Pour ajouter une couche à notre gratin de chou blanc, nous sommes allés déranger (visiblement, on les a dérangées) les personnes apparemment responsables des formalités d’entrée, qui nous ont répondu d’un air las qu’il leur fallait le bateau sous les yeux (c’est la première fois qu’on nous demande ça !) : on a reporté notre visite au lendemain, et on a bien fait car on a eu des employés bien plus sympas. D’ailleurs en ce qui concerne la douane on a bien rigolé : la personne qui délivre les « cruising permits » (qui est plus un moyen détourné de soutirer de l’argent aux plaisanciers qu’une véritable sanction de la capacité du bateau et de l’équipage à naviguer dans les eaux Antiguaises) jette un œil vite fait au bateau et nous demande si on sait naviguer, prouvant par cette simple question qu’il n’y connaît rien. D’ailleurs si il y connaissait quelque-chose il serait venu nous aider à accoster, car il saurait qu’amarrer un 38 pieds à 2 quand ça souffle fort dans une place étroite ce n’est pas spécialement évident.

Retour à nos moutons notre colis : on apprend cette fois que quoi qu’il en soit, les colis n’arrivent pas à la marina, au mieux un petit papier indiquant qu’un colis nous attend peut être laissé par le facteur, mais les colis restent à la poste de St John’s, un peu plus au nord. On aurait aimé le savoir plus tôt… Enfin, après avoir laissé passer le week-end, avoir tenté d’appeler la poste d’une cabine téléphonique qui ne permettait que de passer des appels internationaux – non mon bon monsieur vous ne pouvez pas appeler Antigua d’une cabine à Antigua – notre dernière visite à la marina nous a permis de joindre la Poste et de confirmer qu’il fallait aller à St John’s. Pas possible de confirmer que le colis était bien là, mais ça fait 3 jours que le site de l’US Postal Service nous dit que le colis est bien arrivé (où, on sait pas), donc on tente le coup, on part tôt pour St John’s, en Schnaps.

Bienvenue dans la maison des fous. Munis de la référence du colis, nous entrons dans le Post Office, et c’est une première bonne nouvelle : le colis est là !! Mais ça n’est pas si simple que ça. Notre postière nous donne une petite fiche cartonnée, en nous expliquant que c’est un duplicata et qu’on aura l’original quand tous les papiers seront terminés. Tomtom passe derrière la barrière pour ouvrir le colis avec le douanier, et pendant ce temps, j’observe un couple de jeunes qui ont tout l’air de faire les mêmes démarches que nous, avec un peu d’avance. Au fur et à mesure qu’on les recroisera, ces deux-là, je me dirai « Mais ils n’ont toujours pas fini ? Ça veut dire que c’est super long, alors… Vivement qu’ils en aient terminé, qu’on ait l’espoir d’en finir bientôt ! ». Enfin, on nous envoie au bureau des douanes pour aller chercher le formulaire A38. Encore faut-il trouver à qui le demander, ce formulaire : vous prenez le couloir, là, tournez à gauche au fond et ça sera tout au bout, 4ème étage, couloir C, bureau 18. Dès qu’on retrouve le gars qui a de l’avance sur nous, on sait qu’on est sur le bon chemin. Retour à la poste, on remplit le formulaire (coût du formulaire : 3 ici$), Tomtom repasse derrière la barrière, puis ressort, on retourne au bureau des douanes, faut faire tamponner le formulaire avant de revenir. On le fait tamponner par un brave homme qui demande à en savoir plus : Vous venez d’où ? de France. C’est quoi dans le colis ? Un ordinateur. Ah, vous avez oublié votre ordinateur à la maison ? Euh, non, c’est celui du bateau qui a cramé et qu’on remplace. Coup de chance, on a bien répondu, on a droit à un tampon. Mais un tampon, c’est trop peu. Il nous faut encore aller voir une dame qui mettra, elle, deux tampons : un tampon à encre, et un tampon sec en relief, pour dire qu’elle a bien recopié nos informations dans un beau cahier avec de belles colonnes rouges (« Mais où est-ce qu’il est mon stylo rouge ? ») bien droites. Et une signature. Avec ça, on peut retourner dans le bureau précédent, pour que le formulaire A38 reçoive encore un tampon (ce qui nous fait déjà 4 tampons, il n’y a plus de place, je soupçonne que le tampon sec c’est pour pouvoir superposer deux tampons sur le même espace), on retourne à la poste, après un dernier passage dans un bureau, où Tomtom s’est fendu d’un « Heu, je viens parce qu’on m’a dit de venir vous voir, mais je ne sais pas trop pourquoi, donc si vous voulez signer un truc ou rajouter un tampon, allez-y … » (NDTLGP : et c’était sincère !!). La dame, peut-être consciente des méandres de son administration, l’a bien pris et a rigolé. A la poste donc, les deux jeunes de tout à l’heure déballent enfin leur colis avec frénésie, youhou, la fin est proche !!! Le formulaire a l’air de plaire au douanier, on peut embarquer le colis en signant encore une petite fiche cartonnée et en laissant 1 ici$ au caissier. On a un peu embêté le douanier, parce qu’il allait nous embarquer notre clearance, or la clearance on en a besoin pour la suite de notre voyage… Mais voilà que le douanier nous dit qu’il manque un papier (on n’a pas compris lequel) ! Heureusement, il était près de midi, le douanier en avait autant marre que nous, il nous a laissés partir avec l’ordi et la clearance.

formulaireA38.jpg

3ème exemplaire du formulaire A38 (rassurez-vous, ils nous prêtent du carbone pour qu'on n'écrive les renseignements qu'une fois). Entouré en rouge, le tampon sec qui ne se voit pas bien sur la photo. En revanche, je suis déçue, je découvre que le bonhomme dans son bureau n'a pas tamponné, la première fois, ce troisième exemplaire, du coup on n'a que 3 tampons à vous montrer.

Je reste avec quelques questions, tout de même. A quoi ça peut bien servir qu’ils gardent des copies et des enregistrements dans un gros cahier du fait qu’un certain Tomtom s’est fait envoyer un lappe-taupes à Antigua ? Est-ce qu’un simple contrôle d’identité, des papiers du bateau et une ouverture du colis pour vérifier qu’il n’y a pas de good grass ou autres trucs illicites dedans n’auraient pas suffi ? Et avec les 4 ici$ qu’on a laissés, arrivent-ils à payer les salaires de tous les gens qui nous ont emmerdés qu’on a fait travailler pendant deux heures ? Enfin bon, on ne va pas se plaindre, ça pourrait être bien pire … en tous cas ça nous a entraînés pour le canal de Panama !

Nous, en tout état de cause, on en a marre d’Antigua. St John’s c’est moins bétonné et moins village-vacances que Jolly Harbour, mais deux énormes ferries déchargent chaque jour leurs cargaisons de « touristes», donc on rentre au bateau pour préparer la nav’ du lendemain qui nous mènera à Barbuda. Et vous, ça vous mènera à un article de plus : affaire à suivre…


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4 commentaires pour Antigua…

  • isa

    On se croirait dans la bande dessinée d’asterix et Obelix avec le soleil et une mer Turquoise en plus , la carte postale est quand même bien jolie
    Nous avons bien compris depuis longtemps qu’il existe des touristes qui n’aiment que le soleil et la plage et qui sont incapable de vous promouvoir leur voyage de façon touristique et culturel mais c’est un choix ! voilà pourquoi vous êtes sur votre joli bateau à nous faire découvrir des paysages magnifiques des récits inédits et des anecdotes bien gratinées
    Je vous joint le site de mes amis sur l’eau aussi ‘ un rond dans l’océan » ils sont à la barbade en ce moment
    Je vais de ce pas remplir mes formulaires n° 3310 dans le bureau de la passerelle n° 32 poste 2 ouh là là !!!!
    Continuez à nous faire réver, vous le faites trés bien
    isa

    • Clairette

      Coucou Isa !
      Effectivement, c’est en référence à un des douze travaux d’Astérix et Obélix que j’ai donné le petit nom « A38 » à notre formulaire… Grâce à cette petite vidéo on passe toutes les formalités administratives avec le sourire !

      Pour tes copains Carnacois, on a jeté un oeil à leur site… Mais ils sont bien plus au Sud que nous, et comme nous partons dans un peu moins d’une semaine pour Panama, les croiser risque d’être difficile…
      Bisous bisous

  • Claire TABARY

    j’ai bien rigolé, c’est pire que la Sécu, on dirait? Clairette, tes talents de narratrice sont inégalés: forcément, c’est votre aventure à vous tous seuls et c’est votre regard qui la rend encore plus unique. Et puis merci pour la superbe photo de la baie, mon coeur de touriste basique est ravi: en-core, en-core!

  • Gnègnès

    Ils sont fous ces Antiguais !!!!!!!!!

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