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L’Atlantique, semaine 1 : En route pour l’Amérique

Et voilà, c’est parti ! Devant nous, 2100 milles, soit presque 4000 km pour rejoindre Sainte Lucie, de l’autre côté de l’Océan. Cette fois c’est du sérieux, entre 2 et 3 semaines de nav’ non-stop, en fonction du vent. La météo semble assez prometteuse pour les premiers jours, le bateau est prêt, l’équipage est reposé après les promenades sur Saõ Antaõ, et tout le monde piaffe d’impatience …

Bon, on y va ? On y va ! A 15h30 locales, l’ancre est remontée, et Schnaps s’éloigne tout doucement de la côte, cap au Sud-Ouest pour retrouver un peu de vent d’Est. On fait un peu de moteur, car l’île, très haute, masque et perturbe complètement les Alizés et il n’y a pas un souffle. Par contre, au niveau de la mer, ce n’est pas la même chose : l’île perturbe aussi la surface, et là, par contre, c’est le bordel, si j’ose dire : Schnaps danse sur du gros clapot de toutes les directions (provenant des réflexions et diffractions sur et entre les îles) avec une houle de nord par dessus tout ça … Pas très agréable pour une mise en estomacs ! Surtout que pas plus tard que le lendemain, ce sont 2 grosses bonites de plus d’1 m, Catherine et Denise, qui mordent à nos hameçons … il faut vider et découper en filets et en morceaux toute cette viande fraîche (5 kg), histoire d’en faire des conserves … Ça prend du temps (1h30 en tout), et comme le bateau bouge pas mal à cause de la mer qui ne veut toujours pas se ranger, au bout d’une bonite et demie, j’ai le mal de mer, pour la première fois depuis le départ de Lorient !! Ça passera vite, mais quand même, ce n’est pas très agréable ! Je ne sais pas comment elle fait, Clairette, pour supporter ça à chaque fois … NDCLFC : Merci ma mamie pour les bocaux et les recettes !

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Catherine et Denise, qui vont bientôt finir en petits pots !

Passées ces premières réjouissances, Schnaps se trouve un copain de route : un cata américain que l’on rattrape et dépasse pendant la nuit, mais qui, une fois son spi hissé, grignotera son retard pendant la journée, avant de partir plus au Nord … On a essayé de se contacter par VHF, mais lorsqu’on a répondu à son appel, on n’a eu aucune réponse (et il en a été de même pour nos tentatives ultérieures) … dommage ! Un peu plus tard, c’est un autre gabarit qui croise la route de Schnaps : le Nautilus, 274 m, super-tanker à destination de Philadelphie (merci l’AIS Smile ). C’est drôle de voir du monde, car en général, les rencontres en pleine mer sont plutôt rares !

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Le cata américain avec qui Schnaps a fait la course pendant plus de 24h

En attendant, les Alizés s’essoufflent et tournent doucement au Sud-Est. Schnaps n’avance plus qu’à à peine 3 nœuds, 4 jours après le départ. Et ce n’est pas prévu pour s’améliorer, car la météo prévoit une zone de super-pétole droit devant pour les jours à venir … Nous choisissons d’essayer de la contourner par le Sud, tant bien que mal.

Clairette s’amarine petit à petit, mais c’est un autre mal qui nous guette : on n’a probablement pas assez rincé (pourtant on avais mis de l’eau de javel) les fruits et légumes achetés à Mindelo, et du coup on a tous les deux ce que l’on diagnostique comme une bonne tourista, grâce au livre qu’on ouvre probablement le plus à bord (merci Maman !) : le petit manuel de médecine de bord. On change aussi l’organisation des quarts : jusqu’à maintenant, on faisait 3h de dodo, 3h de veille, et on est passé sur des rotations de 4h, pour ne pas avoir l’impression d’être tout le temps soit en train de se réveiller, soit en train d’essayer de s’endormir. Comme ça en plus on peut se permettre de faire 2 demi-nuits de 4h et une petite sieste au milieu de la journée. Bilan : on est bien moins fatigués.

Moi, je profite des conditions clémentes pour bricoler un peu et m’attaquer aux loupiottes à LEDs. On a tous les composants à bord, les circuits imprimés sont prêts depuis le départ de Lorient, il ne manque plus qu’un peu de main d’œuvre pour assembler tout ça ! Les variateurs (oui c’est grand luxe, on va avoir des variateurs de lumière sur Schnaps) sont assemblés en quelques jours … La priorité est donnée aux lampes de cockpit pour pouvoir bouquiner dehors pendant nos quarts, sans s’esquinter les yeux (et les accus) avec des frontales.

Le soir du dimanche 21 novembre, un énorme flash nous fait lever la tête vers le ciel : jamais vu une étoile filante pareille, une véritable boule de feu qui traverse l’atmosphère d’Est en Ouest … Probablement une météorite plus grosse que les autres qui a réussi à se frayer un chemin jusque assez bas dans l’atmosphère, mais c’était impressionnant et nous tenu en émoi pendant quelques minutes … NDCLFC : moi je regardais la Lune à ce moment-là, je n’ai pas vu l’étoile filante, en revanche la luminosité m’a donné l’impression que la Lune avait flashé !! Boîte de nuit en plein océan…

Côté nav’, c’est la cata (enfin comme Schnaps n’a qu’une seule coque, ce serait plutôt la mono, mais bon !) : on avance à 2 nœuds, parfois moins … Sachant qu’il y a un courant de 0.5 à 1 nœud qui nous pousse vers l’Ouest, notre vitesse surface est tout simplement ridicule, et ça ne vaut pas la peine de se battre pour avancer aussi peu. D’autant que les voiles claquent avec le roulis, ça les abîme, fatigue le gréement, le bateau et l’équipage. Le 23 en fin d’après-midi, on met le bateau à la cape, et on se baigne, par plus de 5000 m de fond … Niveau physique, c’est à peu près pareil que dans 1 m près du rivage, mais psychologiquement ça donne un peu le vertige de se dire que la terre est à 5 km là, en dessous ! On se baigne un par un, sans s’éloigner du bateau, mon grand jeu étant de sauter du balcon avant pour remonter par la jupe, à l’arrière Smile . Et en attrapant une mini-méduse au passage, ouille ouille !

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L'Atlantique, c'est aussi ça : à peine quelques rides, pas une vague, et pas un souffle !!

On repart tant bien que mal quelques heures plus tard, se réjouissant que les rafales dépassent 7 nœuds (il nous en faut peu !), mais le lendemain matin, le bateau n’a même plus assez de vitesse pour faire fonctionner Raymond le régulateur d’allure, et le livre de bord indique « Ça sent la journée à la cape »… ce qu’il se passe en effet. On dérive toute la journée entre 0.5 et 1 nœud vers l’Ouest, et on en profite pour faire plein de choses : tests du frigo qui nous semble se mettre en marche un peu trop souvent, sciage et limage des pontets du balcon avant qui ont eu raison du beau travail de Clairette effectué à Mindelo sur le génois – ils auraient pu servir un jour mais ils étaient vraiment trop mal placés – continuation des loupiottes à LEDs pour Tomtom, couture sur les housses de bouts de récupération d’homme à la mer pour Clairette : la toile à store bon marché que nous avions utilisée ne tient pas du tout les UV. Schnaps se trouve sur une mer d’huile, ça bouge presque moins qu’au mouillage (bon, moins qu’un mouillage rouleur, quand même !), le soleil brille et les accords de Led Zep’ résonnent sur l’Atlantique, avant de repartir au crépuscule, le vent atteignant péniblement un début de force 3 …


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