avril 2019
L M M J V S D
« Mar    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
2930  

Les petites surprises de Schnapsou

On pensait avoir tout démonté sur Schnaps. En fait non : on a encore démonté des choses qui n’avaient pas bougé depuis plus de 10 ans. Tout comme on pensait connaître Schnaps sur le bout des doigts dedans, dehors, mais en fait non : il nous avait réservé une petite surprise.

Quand on est arrivés au chantier samedi matin, Schnaps avait commencé à se dévêtir de ce qui restait de plusieurs couches d’antifouling, sur l’avant de la partie immergée de la coque.

Quelques mètres carrés tout poncés

Schnaps en blanc, c’est troublant, mais Schnaps en dalmatien, c’est inquiétant. Ces ronds sur la coque, c’est de l’osmose. L’osmose c’est une maladie des bateaux en polyester et même si ça ne risque pas de faire couler le bateau, c’est pas top et il faut soigner la coque. Normalement ça se voit un peu, même sous une couche d’antifouling, ça fait des cloques qu’on peut voir, sentir au toucher, ou entendre en tapotant avec un petit marteau, mais là on n’aurait vraiment pas pu deviner que Schnaps était atteint. Donc forcément, on était un peu déçus.

Et puis de très bons copains viennent d’acheter un vieux bateau, en sachant qu’il avait de l’osmose, on pensait pouvoir faire les petits malins à dire « Schnaps il est sain, il n’y a pas d’osmose ! » mais en fait non. C’est pas grave, on peut causer d’osmose avec eux, du coup.

Mais c’est quoi l’osmose ?

Une coque c’est fait comment ?

Partons de la coque. Elle est constituée de polyester et de fibre de verre, en grosse épaisseur sur Schnaps (2 cm environ pour les parties immergées). La coque est recouverte de gel coat, qui est censé être imperméable. Par-dessus le gel coat, on tartine les parties immergées d’antifouling (la peinture qui empêche les mollusques et autre êtres vivants de s’accrocher à la coque), on peint les partie « sèches ».

La résine polyester n’aime pas l’eau, comme Hobbes. Si la résine polyester est en contact avec de l’eau pure (Hobbes dirait que l’eau ne peut pas être pure, c’est de l’eau, c’est impur), on observe un phénomène d’hydrolyse : l’eau pure H20 est dissociée en ions H3O+ et OH pendant que la résine se dissocie en produisant de l’alcool et de l’acide.

Donc on protège la coque avec du gel coat (accessoirement, le gel coat c’est pratique pour construire la coque, ça crée une surface qui n’adhère pas au moule, comme le beurre). Mais au bout de 40 ans, le gel coat n’est plus imperméable. Il s’est craquelé par endroits, des mollusques ont réussi à s’accrocher et l’ont abîmé, il est devenu vieux, usé et fatigué, bref, plutôt que d’être imperméable il est devenu semi-perméable. C’est là que l’osmose débarque : l’osmose, c’est un phénomène physique par lequel un solvant [l’eau pure dans l’eau de mer] transite à travers une membrane semi-perméable [le gel coat] sous l’effet d’une pression osmotique créée par la différence de concentration d’un soluté [les ions H3O+ ou OH-] de part et d’autre de la membrane [la mer / la résine polyester]. En pratique, ça fait des cloques qui contiennent un liquide jaunâtre qui sent le vinaigre.

Le risque à long terme, c’est que les couches de tissu de verre tenues par la résine se délaminent.

Ça ressemble à ça une cloque d’osmose

La solution, c’est de :

  • dégommer chaque cloque pour revenir à du polyester en bonne santé
  • laisser sécher (ça peut prendre plusieurs mois)
  • rajouter un peu de résine et de fibre dans les anciennes cloques pour refaire une coque plane
  • mettre une vraie barrière imperméable : plusieurs couches d’époxy qui, contrairement au polyester, est vraiment imperméable (NDTLGP: question à 100 balles: pourquoi on ne fait pas les bateaux en époxy alors ? réponse à 400 balles : parce que l’époxy coûte 4 fois plus cher)
  • et remettre de l’antifouling.

Autrement dit, c’est un peu plus de travail que « juste » poncer l’ancien antifouling et en remettre. Pour faire ça bien, on va faire raboter la coque de 3mm partout, ce qui devrait nous permettre de nous débarrasser de tout le gel coat auquel on ne peut pas faire confiance et d’ôter toutes les cloques, remettre une couche de fibre de verre (avec de l’époxy) pour remettre un peu de matière, couvrir le tout de nouvelles couches d’apprêt époxy, et là, enfin, on pourra remettre de l’antifouling.

C’est un gros boulot. Ça va prendre du temps. On est passés par une journée et une soirée de questions : est-ce qu’on fait le bon choix, de garder Schnaps, de lui faire subir autant de travaux ? C’est sûr, après tous ces travaux, il sera super, on sera repartis pour 10 ou 20 ans, ça sera chouette. Mais ce sont de gros travaux. En termes financiers il ne faut pas espérer que le Schnaps rénové vaille autant que Schnaps avant travaux plus le coût des travaux (réflexion valide avec ou sans osmose d’ailleurs). C’est beaucoup d’investissement en temps aussi… L’alternative, ça serait d’investir dans une maison, comme tout le monde.

Non, je déconne, j’espère que personne n’y a cru, à ça ! Une maison ça coûte beaucoup trop cher, pour une qualité déplorable en Nouvelle-Zélande, et surtout, surtout, ça ne se déplace pas (enfin si, ici ils les mettent sur des camions, mais quand même, ce n’est pas comme un bateau).

Donc l’alternative : ça serait de faire construire « le bateau parfait ». Dessiné par Tomtom (ça veut dire beaucoup de travail de conception : déjà la conception des changements de Schnaps ça prend énormément de temps !), à faire construire dans un endroit où ça ne coûterait pas trop trop cher (en Asie ?), mais cette idée s’accompagne de quelques questions : comment saura-t-on que la qualité de la construction sera vraiment bonne ? quels investissements ça représente en temps de conception, de management de projet, en sous ? comment saura-t-on que les idées apparemment géniales sur l’écran se révéleront effectivement géniales en mer ? que fait-on de Schnaps ? Plein de questions, pas une option qui ait l’air incroyablement plus raisonnable que l’autre.

On a partagé nos interrogations avec Daddy Doug le dimanche matin. Daddy Doug est plutôt chouette, il s’y connaît en bateaux, il nous connaît, il sait combien on est attachés à Schnaps, certes il est américain et il a toujours un petit côté bombastic (grandiloquent selon mon dictionnaire, mais bombastic c’est rigolo), mais il ne serait pas Daddy Doug sans ça (ni sans ses bretelles). Daddy Doug est venu voir Schnaps, il a redemandé quelle épaisseur la coque de Schnaps faisait, et il a conclu « Plane it, glass it, forget it » (« Rabote, stratifie, passe à autre chose »). Sur un ton bombastic.

Donc on y va, on va faire raboter. Quand on retrouvera Schnaps le week-end prochain, il sera un brin plus maigrichon qu’avant…

Outre les interrogations « que fait-on pour l’osmose ? », on a passé une bonne partie du samedi à discuter. Avec le gréeur pour expliquer ce qu’on veut faire sur le mât, peser différentes options (on met des marches de mât en alu ou en plastique ? on fait sortir les drisses par où ? comment on fixe proprement le hale-bas ? etc). Puis avec Dave et Julie, qui tiennent le chantier, et à qui on a raconté en détail tout ce qu’on veut faire. Ça prend du temps, mais d’une part c’est nécessaire, et d’autre part ça nous confirme qu’on est bien contents de travailler avec Dave et Julie : on est sur la même longueur d’ondes, ils nous aident à affiner nos idées sur les solutions techniques pour ce qu’on veut changer. On ressort de ces discussions avec du travail pour les soirs de la semaine et les week-ends, des listes à préparer, des plans à dessiner, des décisions à prendre, du matos à sourcer et acheter… Et une petite frustration de n’avoir rien fait pendant 3 heures, parce qu’on peut pas voir le résultat concret de ces discussions – alors que démonter du bazar ça apporte la satisfaction de résultats visibles.

On a quand même démonté plein de choses. Il faut dire que les enfants passaient le week-end à fatiguer Agnès et Alex, donc on a pu bien travailler sans s’inquiéter de ce que les loulous fabriquaient. Au menu à l’intérieur : démontage des toilettes, démontage du tableau électrique (ça veut dire bien plus qu’enlever quelques vis : il y a plein de connections – et de jolies connections ! – derrière), dévissage des derniers faux-plafonds. Dans le cockpit, Tomtom a décollé les instruments collés au sika grâce à une corde de piano, il a enlevé les arceaux de la capote, on a enlevé la colonne de barre (ça requiert de se glisser dans le coffre pour sortir les drosses de la colonne de barre, entre autres), j’ai commencé à enlever du petit accastillage qu’on avait mis pour tenir la capote. À l’avant, on a descendu tout le mouillage (l’ancre, 50m de chaîne, 50m de cordage) et on a démonté le guindeau (on ne l’avait jamais démonté, lui !). Tomtom a enlevé quelques passe-coques. On a passé du temps aussi à noter tout ce qui devra rester / être modifié / être enlevé sur le pont, même travail sur les passe-coques : certains vont rester, certains vont être bouchés, d’autres agrandis…

Qu’est-ce qui manque ? L’ancre, la chaîne, le cordage, les pare-battages… et le guindeau!
Qu’est-ce qui manque ? La colonne de barre et les instruments sur la paroi à côté de la descente
Tomtom en train d’enlever des passe-coques

La suite dans 2 semaines : les vacances de Pâques approchent, on va en profiter pour passer quelques jours à bricoler sur Schnaps suivis de quelques jours de vacances.

En attendant, le petit jeu : c’est quoi ça ?

Plus vous donnez de détails plus vous gagnez de points !



Cet article en PDF


Bien arrivé à destination – et un petit jeu

On est allés voir Schnaps le week-end dernier à Kerikeri. On n’a pas été déçus ! Déjà ça fait plaisir de le revoir, ça fait plaisir de voir Doug et Helen qui habitent juste à côté, et notre découverte du chantier de Dave a été très positive. Il y a quelques jolis bateaux sur le chantier, c’est propre, c’est rangé, il y a un coin bureau / repas que les enfants se sont appropriés …

Poursuivre la lecture de « Bien arrivé à destination – et un petit jeu »

Refit, les premiers pas

Avis aux lecteurs : vous entrez dans une période d’articles de bricolage. Ou de peu d’articles, ne promettons pas si vite une ribambelle de nouvelles : on risque d’avoir assez à faire avec les boulots, la marmaille et ledit bricolage pour ne pas avoir envie de passer du temps à raconter notre vie.

Si vous avez bien suivi, vous savez qu’on vit maintenant en appartement. Ça nous fait un peu bizarre, c’est certes bien …

Poursuivre la lecture de « Refit, les premiers pas »

Another year, another move, another post

​French version below

We arrived in Northland 20 months ago, and I firmly believed that we would stay there until the next big trip (2021 in the latests plans). We have had some great times in Northland, but while I had a great job, Tomtom couldn’t find one… until he started to work for Team New Zealand 9 months ago. Which is a great opportunity, and a lot of fun, but Team New Zealand …

Poursuivre la lecture de « Another year, another move, another post »

Housses et oh, Santiano !

(NDCLFC: j’avais pas d’inspiration pour le titre, j’ai laissé carte blanche à Tomtom)

Lorsqu’on a visité Schnaps la toute première fois, le carré était beau, propre, élégant avec ses rayures blanches et bleues. Un air Obélix qui inspirait confiance et donnait envie d’y vivre.

Un carré Obélix, propre, net, joli, classe (photo du site d’Alain, l’ancien proprio). On avait terminé le dossier sur toute la longueur avec du tissu Obélix, ce qui ne …

Poursuivre la lecture de « Housses et oh, Santiano ! »

Kiwis

Ça y est, on a deux nationalités ! On était résidents depuis un moment, on pouvait même voter, maintenant on est aussi Kiwis que nos petits (lesquels sont nés Kiwis vu que leurs parents étaient résidents permanents en NZ).

Ça change quoi ? A vrai dire, pas grand-chose. On a le droit d’avoir un beau passeport noir orné d’une fougère, mais le reste de nos droits et devoirs ne change pas beaucoup par rapport à …

Poursuivre la lecture de « Kiwis »

Objectif numéro 1 : c’est fait

(English version below)

Ceux qui suivent le blog de près se souviendront de nos résolutions de début d’année. Voici donc notre premier article écrit de Marsden Cove, une marina proche de Whangarei.

On devrait prendre des bonnes résolutions plus souvent : ça marche… J’ai dégotté le boulot auquel j’avais postulé à Whangarei, on a fait un pique-nique de départ d’Auckland, dit bye bye à la crèche et au Buckland Beach Yacht Club, loué notre ponton, …

Poursuivre la lecture de « Objectif numéro 1 : c’est fait »

Le traditionnel premier article de l’année

Certaines traditions sont incompatibles avec l’hémisphère sud. Six Noëls au chaud (le premier en Martinique, les autres en Nouvelle-Zélande), et nous nous sentons toujours aussi désorientés à l’approche des fêtes de fin d’année. A écouter et lire les publicités, à voir se multiplier les pères Noëls, étoiles de neige et sapins dans les vitrines, à écouter les conversations d’autres gens qui se soucient des cadeaux de Noël, on pourrait se convaincre que Noël approche à …

Poursuivre la lecture de « Le traditionnel premier article de l’année »

Grande première

Pour la première fois depuis que Schnaps nous appartient (c’est à dire à peu près 7 ans), j’ai … pris une douche à bord.

Ça ne m’était jamais arrivé avant, car depuis qu’on vit à bord, soit on est en mer ou au mouillage et on se lave dans le cockpit, soit on est à la marina et on se lave aux douches de la marina. Et puis comme de toutes façons je ne prends …

Poursuivre la lecture de « Grande première »

L’article de 2016

Il faut bien l’avouer, 2015 fut une année pauvre en articles de blog. 2016 risque d’être du même acabit, car on n’a pas de grands projets de travaux ou de voyages sur Schnaps pour tout de suite. Ce n’est pas l’envie qui manque, et il y a de grands projets pour un peu plus tard, c’est juste qu’une vie presque conventionnelle avec boulots, ferry/BX, marmaille, ça ne laisse pas beaucoup de temps pour se faire …

Poursuivre la lecture de « L’article de 2016 »