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Canaries > Cap Vert

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Une semaine de mer, et nous voilà à Mindelo, sur l'île Sao Vicente, au Cap Vert

Nous avons quitté les Canaries vendredi 29 octobre, cap au 212, en avant vers de nouvelles aventures. Nous croisons les derniers bateaux autour de la Gomera, sans savoir que nous serons seuls pendant toute la traversée ensuite ! Et comme il n’y a pas de vent, c’est Dédé le XUD qui nous emmène vers notre prochaine destination. Pendant 6 heures, il a dû pallier à l’absence de vent… Heureusement, celui-ci a fini par revenir, même si les directions qu’il a prises jusque samedi étaient assez fantaisistes pour une zone d’alizés soit-disant réguliers. Enfin, samedi après-midi, nous passons Schnaps en mode papillon, vent arrière, pensant ne plus manipuler les voiles jusqu’au Cap Vert.

Pendant tout ce temps, nous avions deux lignes de traine derrière le bateau, avantageusement pourvues de leurres censés attirer les petits poissons afin qu’ils terminent leur séjour sur terre dans nos assiettes. Mais pas de bol, on ne pêche pas. On remonte régulièrement les lignes… pour se rendre compte dimanche qu’on a perdu d’abord Dalida (notre jolie petite leurre à plumes), puis Trude et Bruce – les deux d’un coup.

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Tiens, on a pêché un truc, c'est bleu, tout flasque, ça a pas d'yeux et pas de nageoires ... on va regarder dans le bouquin ...

Jusque là, on peut peut-être s’en prendre à nos sertissages du câble d’acier en fin de ligne. Les tubes de sertissage semblent trop grands, peut-être qu’on n’a pas assez écrasé les tubes… Il a suffit d’un gros poisson gourmand mais musclé, ou de la tension prolongée causée par des vitesses supersoniques (ça y est, le vent s’est levé, on fait des pointes à 7 nœuds), pour faire céder nos sertissages. C’est rageant, quand même. Non seulement on perd du matériel, mais en plus on ne ramène rien dans nos assiettes. Heureusement, on a des pâtes et des conserves.

L’accélération raisonnable du vent dimanche a été suivie de gros grains. De la pluie, des rafales jusque 30 nœuds, c’est pas très agréable même si ça avance. Et plus ça dure, plus la mer se forme, nous envoyant de temps à autre de grosses vagues toutes mouillées qui arrivent de n’importe où sans prévenir et, si on n’y prend pas garde, viennent tremper la couchette navigateur et le livre de bord. Cette agitation s’est maintenue jusque mardi matin, on était contents d’en sortir. Depuis quand les alizés se comportent comme ça, non mais ?

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L'écume du sillage de Schnaps dans les vagues. Là, ça avance pas mal, mais ça mouille de temps en temps ...

Schnaps et son Schnapsipage ont, au passage, croisé leur première ligne symbolique : le Tropique du Cancer !

Mardi, on a presque eu de la chance avec la pêche (après avoir encore perdu un leurre, Tatiana) : Tomtom a remonté un poisson noir à taches blanches et avec une gros aiguillon escamotable – probablement venimeux – sur le dos, inconnu au bataillon, pas reconnu dans nos bouquins. On a hésité, mais finalement, dans le doute, on l’a remis à la mer. On est peut-être passés à côté d’un plat divin, peut-être aussi à côté d’une indigestion. En tous cas on a traité ce poisson de tous les noms d’oiseau nous passant par la tête en démêlant la pelote qu’il avait fait avec nos deux lignes, pendant deux heures.

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Le poisson bizarre (que nous avons baptisé Emmeleurdelignus Emmerdeurus) avec son aiguillon, pêché par Jean-Eudes le poisson nageur

Mercredi, on a hissé la GV et affalé Corentin, et on est descendus plus au Sud. Le vent était devenu trop faible pour nous pousser en mode papillon, les voiles se faisaient déventer à chaque mouvement de roulis. Quel confort de retrouver un bateau stable !

Jeudi, vent arrière à nouveau, Tomtom se lance dans des hypothèses optimistes sur le vent et notre vitesse et calcule qu’on peut arriver vendredi soir à la marina de Mindelo. Allez, on motive Schnaps, faut tirer profit de chaque petit souffle de vent !!

Côté pêche, pour perdre moins de leurres et passer moins de temps à démêler nos lignes, on n’en met plus qu’une, sertie et ressertie de façon indessertissable. C’est Alison qui est chargée de faire du gringue aux poissons, et elle le fait bien. Mais les poissons lui bouffent des lanières de jupe, sans croquer dans l’hameçon. Dans l’après-midi, un gros poisson est venu la croquer toute entière, hameçon inclus. Enfin ! Mais il était probablement très gros : il a attaqué le câble en acier avec les pinces coupantes qui lui tenaient lieu de dents. Alison s’est battue, mais elle s’est attaquée à trop gros. Qu’importe, elle lui aura au moins abîmé la mâchoire avec son hameçon et déclenché quelques perturbations gastriques (le plastique, à digérer, c’est pas facile). Enfin j’imagine, car je n’ai qu’entendu un « clac » dans l’élastique qui amortit les chocs sur la ligne de traine et remonté un câble d’acier effiloché, sans leurre, puis inventé une histoire à la gloire d’Alison. J’étais assez déçue, car je comptais faire un peu de travaux manuels pour lui fabriquer une nouvelle jupe, et je n’ai même pas pu la rhabiller.

Au passage, c’est une connerie de donner des noms (même ridicules) à tous nos leurres. On s’y attache et on est encore plus tristes quand on les perd, et que la place attribuée dans l’étui reste vide (snif), telle un ci-gît sinistre sur une pierre tombale recouverte des feuilles mortes qui se ramassent à la pelle en cette saison (enfin pas ici mais il parait que par chez vous, si), aux côtés de ceux qui restent, jetant des regards pleins d’angoisse et d’inquiétude qui demandent, comme un merlan en passe d’être frit, « qui sera le prochain ? », « mais qui veut tous nous exterminer ? », « mais dans quel monde injuste et impitoyable vivons-nous ? », « mais pourquoi nous ? », « mais qu’avons nous fait pour mériter ça ? », « mais qui c’est ce gros barbu qui nous regarde de son air vicieux ? » …

Vendredi, ce fut le tour de Steevy de passer à l’eau. Il a été briefé : sa mission, s’il l’acceptait, était d’appâter des poissons, de les ferrer avec son gros hameçon (NDTLGP : il y a une allusion graveleuse cachée dans cette phrase, ami lecteur, sauras-tu la retrouver ?), et de revenir à bord quoi qu’il arrive. Après une semaine de vaines tentatives, nous avons finalement réussi à pêcher une mini-dorade. Dépecée et cuite, elle était ridiculement petite dans nos assiettes, mais elle est arrivée au moment du repas, c’est déjà ça. Steevy a encore pêché une micro-dorade (rejetée à la mer, trop petite pour mériter qu’on passe du temps à la préparer, et puis faut les laisser grandir, ces bestioles) et une autre dorade qui s’est décrochée alors qu’on la remontait. Steevy est toujours parmi nous, on espère ne plus perdre de leurres…

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Steevy

Et puis nous sommes arrivés. Le vent n’a pas exactement suivi les hypothèses de Monsieur Grib et de Tomtom, nous sommes donc arrivés de nuit. Une petite visite de la baie de Mindelo by night (des cargos mouillés en plein milieu sans feu, pas d’indication ni sur les cartes ni sur les instructions nautiques quant à la position exacte de la marina car elle est récente), nous avons fini par nous amarrer le long d’un ponton ! Un bon repas, et au lit !

Au passage, on a encore eu un souci avec le calculateur de pilote, quelques heures avant d’arriver. Du coup, Tomtom s’est évertué pendant 2 jours et une nuit à essayer de réparer une fois de plus ce calculateur qui pourrait faire l’effort de fonctionner et de ne plus tomber en panne, étant donnés tous les efforts et le temps qui lui sont consacrés, et surtout le prix auquel c’est vendu (c’est un peu la Rolls des pilotes automatiques). Le rapport résultat / temps passé est malheureusement resté à 0, cette fois ça a l’air foutu pour de bon, même avec des transistors neufs (récupérés sur le répartiteur de charge). Ca commence à faire beaucoup, d’abord les winches, maintenant le calculateur de pilote. Presque 2000 € à chaque fois (heureusement que les leurres, c’est un peu moins cher !). Du coup, on va compter sur Raymond le régulateur d’allure pour la traversée de l’Atlantique, il ne devrait pas lâcher, c’est une mécanique simple, robuste et facilement réparable même en mer … On pense même à l’équiper, dans un futur proche, d’un tout petit pilote électrique, comme sur cette photo, pour pouvoir parer à toute défaillance du « gros » pilote hydraulique …

Une super bonne nouvelle quand même : après quelques petits vomis d’acclimatation les premières 24 heures, je n’ai pas été malade. Mais vraiment pas : pas toute molle, pas toute flasque, au contraire… J’ai mangé avec appétit, j’ai bouquiné, je me suis occupée du bateau, j’ai même cuisiné à l’intérieur ! Youhou c’est la fête.


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2 commentaires pour Canaries > Cap Vert

  • Claire TABARY

    quel est le décalage horaire dans votre monde? parce que, quand je vois 00:49 en tête de l’article, je me dis que soit vous êtes motivés et que le facteur « fatigue » ne vous arrête pas, soit vous avez peur d’oublier les péripéties de la navigation. Tu vois, Clairette, que tu fausses encore nos évaluations quant à votre stock. Remarque, que ça reste dans ton estomac ou que ça parte dans la mer, le stock a baissé de toutes façons… L’île vous paraît-elle digne de balades intéressantes?

    • Tomtom & Clairette

      bé on a 2h de décalage avec vous, on a envoyé l’article à 22h49 … mais le facteur « fatigue » ne nous arrête pas quand même, et puis on peut toujours programmer des articles à l’heure qu’on veut ! Par exemple si on écrit au milieu de la nuit en rentrant bourrés, on peut tout à fait programmer l’article pour qu’il paraisse, frais comme un gardon, à 8h du matin !! :) Sinon on n’a eu le temps de ne faire qu’une balade, entre autres à cause de nos soucis de pilote, et c’est très joli !

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